FAMILLES RECOMPOSEES : un subtil exercice de conjugaison…

Une séparation ou un divorce n’est pas qu’un constat de l’impossibilité de vivre encore sous le même toi. Elle entraîne aussi un changement de modèle de vie, du quotidien qu’il convient de reconstruire après cette rupture.
Cette étape est aussi subie par les enfants issus de l’union qui doivent aussi faire preuve d’adaptation, notamment si les parents séparés décident de reconstruire une nouvelle cellule familiale. Un cap à franchir qui souvent s’il est bien perçu à leurs yeux pour différentes raisons, conduit aussi à une nouvelle forme de « cohabitation verticale et horizontale » avec l’arrivée d’une belle-mère et d’un beau père et la coexistence avec ce que l’on appelle couramment des « quasi frères et des quasi sœurs ».

RETROUVEZ DANS CE DOSSIER

  • Prendre la place de quelqu’un ?
  • La place de chacun des membres de la nouvelle famille
  • Tout est à mettre en place !

Prendre la place de quelqu’un ?

Refonder une famille, c’est avant tout accepter de changer parfois de modes de vies et d’habitudes : ce qui a été ne l’est plus forcément dorénavant. Le fait qu’un nouveau beau-père ou d’une nouvelle belle-mère intègre la cellule familiale initiale nécessite forcement des adaptations et de la bienveillance : il s’agit que chacun des membres trouve une place sans pour autant être animé de la volonté de prendre la place d’un autre qui n’en fait plus partie.


Cette nouvelle configuration nécessite des temps successifs que les enfants (surtout en âge de comprendre) vont devoir assimiler et comprendre. En ce sens pour qu’ils puissent faire le deuil de la rupture, il conviendra de leur expliquer (en fonction de leur âge) la situation. Il s’agit là de la première étape de cette conjugaison des temps où le parent devra démontrer que le couple du passé reste pour son éducation mais qu’à présent la vie future avec son parent de sang se déroulera avec le nouveau conjoint ou la nouvelle conjointe. Cette première étape où l’enfant devra comprendre la coexistence du couple parental et du couple quotidien doit permettre à celui-ci d’assimiler cette nouvelle vie au quotidien.
Pour réaliser au mieux cette conjugaison des temps, il est justement nécessaire de laisser le temps à chaque membre de la nouvelle famille de faire connaissance, de comprendre ce que l’autre a à apporter, d’admettre que l’apprentissage des valeurs, de la vie se poursuit mais différemment.

La place de chacun des membres de la nouvelle famille

Se séparer d’une personne pour vivre avec une autre est déjà une étape sentimentale qui demande beaucoup d’énergie : celle-ci est amplifiée si l’un des deux membres est déjà parents ; décuplée si les deux ont déjà un ou plusieurs enfants ! Cette vision multidimensionnelle (relations entre parents et leurs propres enfants, relations du parent avec les enfants de l’autre, relations entre les enfants eux-mêmes) va devoir être vécue, au quotidien et par tous !

L’idée d’évoquer cette situation aux parents les effraye parfois : sachez que ce même état d’esprit peut aussi envahir les enfants.  Face à cette situation, un seul mot d’ordre : donner du temps au temps. Apprenez à découvrir l’enfant comme il va chercher à vous découvrir, tissez des liens en gardant à l’esprit que vous n’endossez pas un second rôle mais bel et bien un rôle principal dans cette nouvelle organisation.  Cette posture vous conduira aussi, pour l’éducation des enfants, d’apporter des limites (qui n’étaient pas forcément les mêmes autrefois). Là encore, le consensus, l’échange et l’explication éviteront que n’apparaissent des conflits qui pourraient rapidement viraliser votre relation de couple d’adultes.

Tous ces cas sont parfois perçus comme des défis, complexes mais sachez que tout réside dans une notion de confiance mutuelle : avec votre partenaire mais aussi avec les enfants de celle ou de celui-ci. C’est par votre honnêteté et votre sincérité que vous saurez franchir le cap.

Tout est à mettre en place !

Vous l’aurez compris, la famille recomposée est une notion que l’on aborde sous plusieurs dimensions car elle induit d’elle-même des notions de couple et de famille, deux composantes qui pourraient paraître associées lorsqu’on évoque ce type de famille mais qu’il faut savoir distinguer.
Pour bien comprendre cette différenciation, il faut admettre qu’avant qu’elle ne se recompose, une famille est le fruit d’un couple qui, éprouvant des sentiments mutuels décident de vivre au quotidien ensemble. Cette première cellule relationnelle peut alors conduire ses deux membres à fonder une famille. Ceux-ci alors endossent le rôle de « parents ».

Les données se complexifient dans le cas où la cellule éclate : les sentiments s’étiolent, le couple redonne naissance à deux individus à part entière tout en conservant leurs statuts de parents. La configuration se complexifie encore plus lorsque ces deux « individus-parents » décident de renouer des sentiments avec une autre personne. Dès lors tout est à remettre en place au centre du nouveau couple sans oublier une forme de « périphérie parentale » omniprésente (l’autre parent). Cette équation a plusieurs données est ce qu’on appelle « le schéma pluriel » où doivent cohabiter des relations horizontales (parents géniteurs et parents de cœur), ascendantes (les grands parents de sang et de lien) et transversaux (les enfants des deux couples avant la création de la nouvelle famille durant laquelle pourra intervenir la naissance d’un ou plusieurs enfants).

Un nouveau modèle s’impose donc pour cette nouvelle famille composée puisse s’épanouir du mieux que possible, dans l’intérêt des enfants.
Tout est donc à mettre en place mais attention, il faut cependant observer des règles qui se mettront en place d’elles-mêmes et que vous devez intégrer dans votre nouvelle vie au quotidien. Pour éviter tout risque pour l’enfant, la loi a en effet esquissé une forme de relation au point de la cadrer. Ainsi, sachez que le législateur a organisé la responsabilité des membres des familles recomposées ou en situation de coparentalité (cela se vérifie pour le parent qui n’évolue pas au sein d’un couple aux yeux de la loi (couple de divorcés, couple homoparental) notamment au sujet de l’exercice de l’autorité parentale : dans certains cas celle-ci peut être reconnue uniquement à un seul des deux adultes. Ces dispositions légales sont prises dans l’intérêt de l’enfant même s’il reste encore un travail législatif important à produire… Pour preuve, sachez que jusqu’à présent, le beau-parent ou le co-parent n’a pas encor de véritable statut et ne dispose de facto d’aucun droit sur l’enfant… Tout est donc encore définitivement à mettre en place !

Pour compléter cette lecture…

Comme le proposait le titre de ce dossier, une famille recomposée est un subtil exercice de conjugaison… Mais qu’en est-il du vocabulaire et notamment au sujet du vouvoiement qui peut arriver en même temps que n’entre dans la nouvelle famille le ou la conjointe ? Pour découvrir ce que pensent ceux qui le pratique et lire ceux qui le critique, lisez notre dossier SE DIRE VOUS EN FAMILLE – Un principe qui noue les générations