PARENTS « CHASSE-NEIGE » : quand la chaleur du lien est au-dessus de tout

A force de ne vouloir que du bien pour son enfant, on peut arriver à lui causer du mal. Si la phrase peut choquer de prime abord, nous avons souhaité traiter cette affirmation sous l’angle du «parent chasse-neige», un concept tout droit venu d’outre atlantique pour lequel les parents font tout pour que leur progéniture (même à l’âge adulte) réussisse dans la vie. Entrer dans ce principe est-il un vœu honorable, une traduction cachée de faire ce qu’on a pas pu réaliser soi-même ou une dépendance affective hypertrophiée ? Ce dossier vous expose les tenants et les aboutissants de cette forme intergénérationnelle…

Retrouvez dans ce dossier

  • « Fondre » littéralement pour son enfant
  • Une « avalanche » d’attentions des parents finalement nocive ?
  • « Glisser » vers cette situation ? Si vous êtes contre, quelques conseils…

«Fondre» littéralement pour son enfant

La notion de « parent chasse neige » a vu le jour aux Etats-Unis. A l’image de ce véhicule hivernal, qui permet de rendre accessible un voie, les parents chasse neige n’ont qu’une seule ambition : déblayer le chemin de vie de leur(s) enfant(s) pour éviter tout écueil.  Comme le précise la psychologue Catherine Verdier ce type de parents aspirent, en permanence, à retirer ou écarter tous les obstacles sur le parcours de vie de leur enfant (même devenu adulte) afin qu’il ne souffre pas, qu’il évite d’échouer.

Super protecteurs, les parents chasse-neige deviennent de « véritables gommes contre le mal potentiel que pourrait subir sa progéniture». Ce nouveau phénomène, venu comme nous l’avons précisé du nouveau monde,  a pris ces derniers temps une ampleur considérable au sein du vieux continent au point de susciter de la part de certains sur l’impact à long terme de la personnalité de l’enfant devenu adulte.

Comment reconnait-on un parent chasse-neige ?

S’ils ont tous le même objectif de départ (éviter tout problème à leur progéniture), les parents chasse neige ne constituent pas pour autant un groupe homogène. De nombreuses études ont permis de les distinguer à travers trois signes qui s’additionnent entre eux ou pas, selon la personne qui se place dans cette posture.

En tout premier lieu, le parent chasse neige ne manquera pas de vous dire que « je suis très impliqué dans l’école »… Leur volonté de pouvoir encadrer leur enfant, où qu’il puisse se trouver, conduit ce type de parents à reprendre volontiers le chemin de l’école mais cette fois-ci pour accompagner leurs enfants dans un cadre autre que la cellule familiale.

Dans cette configuration, le parent chasse neige est le premier à se porter candidat pour tout projet de voyage ou de sortie scolaire, ils ne manquent pas aussi de proposer leurs services dans le cadre de la réalisation de projets au sein de classe voire de proposer une aide aux devoirs.

Le parent chasse-neige est fier d’annoncer qu’il est « omniprésent dans les études de mes enfants ». Si leur progéniture s’éloigne du cocon familial, quitte la ville de leur enfance pour rejoindre une université ? Pas de problème pour ce type de parent ! Il continuera à chercher à garder le contrôle à travers des messages (téléphone, sms…) incessants et répétés. Il peut même être prêt à contacter l’établissement d’enseignement afin de savoir si l’enfant est bien assidu, peut exiger un compte rendu du médecin (malgré le fait qu’on puisse lui rétorquer le secret médical) s’il apprend que son «bébé» est allé consulter…

Le parent chasse neige ne se remettra jamais en cause même si vous tentez de lui exposer votre point de vue. Il a décidé d’adopter cette posture car il se voit comme investi d’une mission qui nous dépasse tous. Une remarque venant contrarier ce qu’il anime ? Il vous rétorquera immédiatement que « leur implication permet d’agir plus rapidement et que « de toute manière c’est bien plus facile comme ça ». Ils pourraient même tenter de vous persuader en vous affirmant qu’être un parent chasse-neige « permet à l’enfant de gagner un temps considérable ».

Des parents omniprésents ? Omnipotents ? Ou bien les deux à la fois ?

Une omniprésence suppose (comme un de ses termes l’indique) une présence de tout instant. Une omnipotence est évoquée lorsque l’on constate la toute puissance d’une personne. Dans le cas des parents chasse-neige, ces deux termes peuvent cohabiter, même si le parent concerné vous dira toujours qu’ils « doivent forcément » être associés.

Il reste que l’évolution de l’enfant (notamment lorsqu’il quitte le foyer familial pour des raisons diverses) viendra tôt ou tard contrarier (dimension spatiale) l’omniprésence voulue par le parent chasse-neige. Cette distance pourra alors fortement perturber ce type de parent qui ne pourra plus tout contrôler à chaque instant et donc voire son omnipotence fondre comme neige au soleil !

Une «avalanche» d’attentions des parents finalement nocive ?

En s’installant notamment en France, le phénomène du parent chasse neige est devenu un thème de premier ordre dans l’univers de l’école.

A ce sujet, plusieurs témoignages d’enseignants ou d’encadrants scolaires avouent même que «nous avons eu des parents qui voulaient choisir les camarades de leur enfant pour éviter des conflits à venir», certains même ont du faire preuve d’une grande diplomatie puis (l’instance se faisant de plus en plus imposante) d’une grande fermeté pour faire comprendre à ces parents que l’entrée dans la classe (car ils veulent pourvoir choisir la place de l’enfant, l’intervention systématique pour lui retirer son manteau, ranger ses affaires dans son casier à sa place) n’est pas souhaitable pour l’intégration. Dans les cas ultimes, le règlement permet de trancher confirmant l’équipe pédagogique dans son rôle et contrariant le parent dans sa mission qui cherchera alors d’autres moyens pour la satisfaire pleinement.

Ces situations évoquées ne sont que des exemples parmi tant d’autres : le flux d’échanges physiques ou de publications sur les réseaux constatés permet aujourd’hui de penser qu’il s’agit là d’un phénomène de société qui a conduit certains à élever la voix.

Spécialistes, parents opposés à cette pratique n’hésitent plus, ouvertement, de partir également en croisade pour exprimer leur vision du modèle parental arguant que le parent chasse neige occulte fortement la capacité d’apprentissage essentiel de la vie à leurs enfants. Le « camp des contre » évoque pour illustrer leurs propos que « tomber, se tromper ou bien encore se confronter aux autres fait partie de la vie d’un enfant. En contrariant ce processus de découverte, le parent chasse neige, à vouloir toujours tout aplanir peuvent faire déraper la construction émotionnelle de leur enfant ».

Les spécialistes emboitent le pas en précisant qu’une telle posture peut « empêcher les enfants qui y sont soumis de développer leur propre faculté de résilience, leur autonomie et surtout leur capacité de faire face aux frustrations ». A terme, cette communauté scientifique craint que notre société connaisse en son sein une « génération d’enfants surprotégés, peu armés pour affronter les défis de la vie réelle » (ndlr : les réseaux anticipent déjà ce phénomène qui a pris le nom de «génération snowflakes»)

Les medias confirme cette position : déjà en 2014, dans le pays où cette tendance a vu le jour, David McCullough (enseignant et auteur) publiait dans Le Mirror une tribune précisant notamment que « ce comportement parental risque de générer des enfants anxieux, dépendants et narcissiques ».
Dans un article du New York Times l’autrice Julie Lythcott-Haims opère un comparatif entre une éducation de parents chasse neige et ceux qui ne le sont pas. Elle précise en conclusion que « le but est de préparer l’enfant pour la route au lieu de préparer la route pour l’enfant ».
Une diffusion de Radio Canada fait écho d’une condamnation faite à des parents qui avaient proposé le versement d’une somme en l’échange de l’admission de leur enfant dans une université.

«Glisser» vers cette situation ? Si vous êtes contre, quelques conseils…

Il est évident que nous restons dans une neutralité totale concernant le fait d’être ou ne pas être un parent chasse-neige. Nos abonnés nous ayant cependant demandé des conseils pour éviter de le devenir, nous délivrons ci-dessous quelques points afin de leur répondre.

  • Autorisez des activités adaptées à l’âge de votre enfant : certes plusieurs tentatives peuvent être nécessaires mais ici le parent doit faire preuve de patience et montrer à son enfant comment faire et non faire à sa place.
  • Favorisez son autonomie : votre enfant doit apprendre par lui-même. Imposez un cadre (expliquer comment), fixez des limites (pour la sécurité), accordez lui une certaine liberté (dans la prise de ses décisions).
  • Encouragez la résolution des problèmes par votre enfant. Cette attitude lui permet de se forger sa propre personnalité.
  • Montrez l’exemple en étant exemplaire lors de situations stressantes par exemple en réagissant positivement. Cette attitude permet à votre enfant de pouvoir gérer les situations difficiles.
  • Apportez à votre enfant un soutien émotionnel à votre enfant s’il connait une période difficile (à l’école, lors d’une compétition sportive…).
  • Apprenez à votre enfant à assumer la responsabilité de ses erreurs. En effet, laisser les conséquences d’un acte se produire naturellement peut aider votre enfant à tirer les leçons de la situation.
  • Veillez à donner l’espace nécessaire pour que votre enfant puisse grandir et apprendre. Pour y parvenir, résistez à votre envie d’intervenir à chaque instant, développer le sens de l’autonomie de votre enfant.
  • Accordez la confiance : montrer que vous avez confiance dans les capacités et les décisions de votre enfant participent au renforcement de la confiance en lui.

Poursuivre dans la jungle des profils parentaux…

Il faut de tout pour faire un monde : cette présentation va probablement susciter le débat entre ceux qui se seront reconnus en tant que parents chasse neige et ceux qui résumeront ce comportement à une action fortement intrusive. Sachez que si l’on évoque ce terme, il existe une forme encore plus « envahissante ». Dans cette jungle de profils, n’hésitez pas à consulter notre dossier FACE A UN PARENT TIGRE – L’enfant est-il pris entre ses griffes ?