NOUS PREFERONS UN DE NOS ENFANTS : préjuger et préjugés au cœur du débat !

Il est arrivé le premier ou au contraire est le dernier et donc forcément il est le préféré. Elle a les traits d’un parent disparu et forcément le lien devient plus fort. Ils sont jumeaux et c’est tellement différent que vous êtes différents avec eux vis-à-vis de vos autres enfants… Certains rejettent cette idée quand d’autres sans l’avoir générée reconnaissent cette situation au sein de la cellule familiale… Vous le constatez dès l’introduction de ce nouveau dossier, le sujet de «l’enfant préféré» se dit sans se dire, s’avoue sans être clairement exposée. Cette nouvelle parution d’Actualités Familles Parents Bébés va vous permettre de vous apporter des éléments de réflexion sur ce sujet.

RETROUVEZ DANS CE DOSSIER

  • Un sujet qui a pour source un sentiment
  • Un sentiment de voir soi en l’autre ?
  • Comment ne pas jouer avec les sentiments des autres enfants de la fratrie ?

Un sujet qui a pour source un sentiment

Comme la définition même du terme sentiment, la préférence qui peut s’opérer sur l’un de vos enfants est une chose impalpable. Un état d’esprit qui reste caché car souvent honteux au regard de la société, des principes d’éducation, du regard que les autres pourraient porter s’il était révélé et placer le parent concerné dans la gêne ou la honte. Et pourtant, le sujet est bien d’actualité et fait même actualité. On en parle sans en parler et quand on en parle, cela fait parler ! Pour exemple, les éditeurs du podcast Bliss Stories ont été contraints de retirer un épisode traitant de ce sujet suite aux nombreuses indignations de leur lectorat

On vilipende donc ce phénomène, on l’accuse, on se révolte s’il est évoqué mais à vrai dire, pour donner du sens à la position encore faut-il comprendre ce qui peut générer cette situation.
Le monde scientifique s’est déjà penché sur la question. La psychologue clinicienne, docteure en sociologie et professeur en sciences de l’éduction a l’Université de Nantes Catherine Sellenet a conduit une étude à ce sujet et révèle que ce phénomène est plus fréquent qu’on ne le pense. Dans son ouvrage consacré à ce sujet cette scientifique explique que «la préférence parentale est un phénomène indicible, qui dérange et qui se vit honteusement. Elle est transgressive, incompatible avec le modèle idéal de la famille où tout est partagé en parts égales, où le cœur du parent grossit à chaque enfant».

Il reste que la notion de «chouchou» comme on appelle parfois l’enfant préféré est un fait de société qui fait débat. Mais à bien se poser la question, ce phénomène ne serait-il pas un héritage de l’histoire ? Cet interrogation apporte une première explication à la notion de préférence exprimée pour le parent… Jusqu’à milieu du XVIIIème siècle, les règles de l’héritage institutionnalisaient la préférence pour l’aîné. Depuis, la révolution française a redistribué les cartes, le principe de l’égalité entre enfant s’est généralisé sous couvert que leurs parents doivent entretenir les mêmes rapports avec tous leurs enfants. Il reste que de nos jours, et dans certaines catégories de notre société, cette vision du «droit d’ainesse» est toujours d’actualité. Elle est en fait pour ces personnes un héritage de l’histoire confondu avec leur propre histoire qu’ils ne font que répéter car ils ont été instruits ainsi.

Si, comme nous venons de l’expliquer, le principe de la préférence parentale n’est plus de mise dans notre société moderne, comment alors expliquer cette notion dont on parle sans que les concernés en parlent ? Face à cette nouvelle interrogation, nous pourrions adopter un nouvel angle de vue en se demandant si ce phénomène n’aurait-il pas pour base une histoire entre enfants ?
Loin de là l’idée par cette nouvelle question de transférer l’origine de cette notion de préférence. Il reste qu’une étude a démontré que 80 % des parents interrogés lors d’une enquête à ce sujet reconnaissent d’emblée une préférence pour l’un de leur enfant. Le résultat n’est pas à négliger et raisonne aussi fort que les propos des parents qui s’insurgent contre la notion de préférence entre enfants d’une même fratrie. Nous serions donc dans une société où 4 parents sur 10 déclarent ou du moins reconnaissent une préférence…

Attention cependant de ne pas conclure trop vite ! Il s’agit là d’une reconnaissance des parents et non d’une intention de ceux-ci. En effet, l’enquête souligne que la préférence des parents n’est pas un postulat de base mais un amalgame de circonstances au quotidien qui une fois cumulées permettent aux parents de conclure qu’ils ont effectivement une préférence pour l’un de leurs enfants. Cette notion est donc insidieuse, elle se perçoit «par touches» lorsque le parent utilise une forme de langage qui différencie les enfants d’une même famille entre eux («Je sors avec le premier», «Je vais toujours faire mes courses avec ma dernière», «J’adore aller au foot avec Clément», «Justine ? C’est ma petite fée ! »). En fait dès lors que le parent va désigner nommément un de ses enfants, ajouter éventuellement un possessif, assimiler un des membres de sa descendance par un qualificatif imaginaire ou non, l’enfant va comprendre qu’il jouit d’un statut particulier. Il peut alors entrer dans une compétition involontaire et non consciente et utiliser cela au détriment des autres frères et/ou sœurs.

Un sentiment de voir soi en l’autre ?

Le mécanisme psychique naturel voudrait que de la préférence, tous domaines confondus, repose sur le principe de l’identique. Par cela, et dans la cellule familiale, il conviendrait de comprendre qu’il y a préférence parce qu’il y a recherche par le parent d’une continuité de soi en l’autre.
Lorsqu’un parent est dans cette situation (et pour ne pas se marginaliser par rapport à l’acception commune de la société mais aussi pour ne pas «faire de différence par la préférence») ce dernier va évoquer une «affinité» avec tel ou tel enfant.

Cette conception ne doit pas s’arrêter à un simple vocable « politiquement correct » car derrière cet état d’esprit se cache une volonté pour le parent de «réparer, combler ou restituer ce qu’on n’a pas eu soi-même». Dans cette approche, les exemples sont pléthores ! Ne connaissez pas dans votre entourage un parent qui manifeste une préférence pour sa fille car ayant lui-même connu une enfance autour uniquement de frères ? N’avez-vous jamais rencontré un parent qui soutient plus fortement un de ses enfants qui dispose d’une grande aisance dans l’assimilation des connaissances parce que justement ce dernier n’a pas pu faire les études qu’il envisageait ? N’avez-vous pas connu une famille dont un des parents ou les deux témoigne d’un attachement plus important pour le dernier ou la dernière, attitude qui pourrait faire de cet enfant une concrétisation de leur objectif de créer une famille avec plusieurs enfants ?

Si nous poursuivons notre analyse, nous pouvons désormais accepter que la préférence peut être une réponse de bienveillance vis-à-vis d’un de ses enfants à qui ont souhaite mieux que ce que l’on a connu soi-même. Il y aurait donc un « transfert » qui permettrait au parent concerné de se défaire d’un poids de sa propre histoire. Mais pour rester en totale honnêteté, cette migration ne pourrait-elle pas conduire à une nouvelle interrogation : se libérer certes, mais au risque d’enfermer l’autre dans une prison dorée ?
Cette dimension connaît déjà en psychanalyse un début de réponse avec Sigmund Freud qui a évoqué la notion de «narcissisme conquérant».
En transférant ses ambitions non satisfaites à son « chouchou », le parent place son enfant dans un univers à cheval entre une forme de chance et un risque de souffrance. Il devient «chanceux» en ce sens que le parent va soutenir, épauler, accompagné «l’élu»… Il le place aussi et en même temps dans une situation de culpabilité vis-à-vis des autres membres de la fratrie. Cet enfant distingué alors devient un porte parole d’égalité auprès des parents pour ne pas subir l’hostilité et le risque de mise à l’écart de la part de ses frères et/ou sœurs.

Comment ne pas jouer avec les sentiments des autres enfants de la fratrie ?

Nous l’avons expliqué précédemment, l’enfant «chouchou» est placé par le phénomène de la préférence à un «carrefour» d’attentes : horizontalement face aux parents qui attendent beaucoup de lui et verticalement face à ses frères et/ou sœurs qui sont en attente qu’il intervienne pour une meilleure régulation relationnelle.

En matière d’illustration concrète de préférence parentale, ces témoignages sont rares car ceux qui « ne sont pas préférés » parlent peu cette situation qu’ils vivent. Même s’ils ne manquent pas de dire ouvertement à l’élu qu’ils savent que celui-ci dispose de ce statut («de toute manière, toi tu es le chouchou»), cette revendication n’est pas suivi d’une explication ou justification des effets que cela provoque sur son émetteur.

A tout âge, et surtout lorsqu’il se construit sa propre personnalité, l’enfant va emmagasiner toutes les situations qui démontrent une différence d’attention des parents qui agissent (la plupart du temps inconsciemment) dans un schéma de préférence. Ces attentions qu’ils témoignent, cette vigilance accrue qu’ils accordent, cette tolérance qu’ils observent sont autant de marqueurs qui forgeront les caractères de chaque membre de la fratrie lors de leurs évolutions durant l’enfance, l’adolescence et par la suite à l’âge adulte. Elle pourra aussi se répéter ou s’inverser lorsque ceux-ci deviendront à leur tour parents.

Pour éviter que l’équilibre entre enfants prenne une forme grave d’altération relationnelle, certains spécialistes encouragent travail à entreprendre par les parents sur la notion de «valeur accordée». Ce principe permet de passer en quelque sorte d’une préférence d’individu à une préférence pour une particularité de l’individu. En d’autres termes, et au lieu de transposer des « frustrations », le parent va encourager une spécificité d’un de ses enfants (compétence, aisance, endurance…) qui peut devenir un moteur pour les autres frères et sœurs et ainsi compléter leur propre personnalité.

Pour aller plus loin…

Préférer un de ses enfants, c’est lui accorder parfois des privilèges que les autres membres de la fratrie n’auront pas… En l’élisant ainsi comme chef de ses frères et sœurs, vous pouvez en faire un enfant roi. Mais au fait que doit-on entendre par cette expression et quelle implication génère-t-elle dans le comportant de l’enfant élu ? Retrouvez toutes les réponses à ces questions en consultant notre dossier « JE CEDE TOUJOURS TOUT A MON ENFANT – Le règne de l’enfant roi au sein de la famille »