Le sujet est fortement d’actualité ces derniers temps avec l’apparition d’une nouvelle tendance qui inonde les réseaux sociaux : le Eggshelling ou Eggshell parenting que l’on traduit par « parent coquille d’œuf ».
Inutile d’être parfaitement bilingue pour comprendre que ce nouveau terme suppose un lien avec l’œuf… Il est par contre utile de préciser que ce nouveau vocable a fait ces dernières années une entrée fracassante sur les réseaux sociaux, opposant les « pour » et les « contre » ; en d’autres termes plus humoristiques, de savoir « qui de l’œuf (enfant) ou de la poule (ou du papa poule) est sorti le premier ». Une touche d’humour qui ne doit pas pour autant se limiter justement à l’amusement car cette technique peut avoir des répercussions sur l’enfant ainsi protégé dès lors qu’il se forgera une propre personnalité . Ce dossier fait le point sur cette nouvelle vision de la parentalité qui font de papa et de maman des « parents coquille d’œuf »…
Retrouvez dans ce dossier
- Comment devient-on un parent « coquille d’œuf » ?
- Des enfants contraints de « marcher sur des œufs »
- Agir pour « tuer dans l’œuf » tous les risques d’une vie sociale compromise
Comment devient-on un parent « coquille d’œuf » ?

Bon nombre de spécialistes, de scientifiques se sont déjà penchés sur cette question… Certes quelques avis divergent mais bon nombre d’entre-eux s’accordent à reconnaitre qu’adopter le Eggshelling est souvent la traduction d’une forme de « cicatrice qui traverse les générations », une sorte de marqueur interne qui s’est imposé à eux car ayant vécu leur propre enfance avec des parents qui les couvraient d’affection avant de s’emporter sans raisons apparentes, qui leur confiaient des problèmes d’adultes… A la lumière de cette précision, la métaphore oviforme commence à donner du contenu au contenant : sous une apparence solide et bienveillante, le parent coquille d’œuf cache en fait une grande fragilité émotionnelle.
Emotionnellement immatures
C’est la psychologue et psychothérapeute américaine Kim Sage qui a été parmi les premières à populariser cette tendance au point de s’afficher, depuis 2023, spécialiste dans ce domaine. Dans son site internet elle démontre que les parents coquille d’œuf sont émotionnellement immatures, pouvant passer du rire aux larmes, de la joie à la plus grande des colères et ce sans que ces réactions changeantes puissent être prévisibles ou anticipées par les enfants. Ces derniers font alors face à leurs ascendants tour à tour aimant, permettant tout avant de devenir soudainement autoritaires et animés d’un sentiment colérique. Leur emportement peut parfois alors dépasser les limites stables pour l’évolution de l’enfant, pourtant essentielles pour la propre construction de sa personnalité.
Parfois des blessures non traitées
La thérapeute conjugale et familiale Nathalie Moore complète cette description en ajoutant que « ces comportements parentaux ne découlent pas forcément de troubles psychologiques, certains pouvant s’expliquer par des blessures non traitées […] comme un trouble de la personnalité narcissique ou un trouble de la personnalité limité ».
Des enfants contraints de « marcher sur des œufs »

Dans un tel contexte familial, l’enfant de parents coquille d’œuf sont obligés en permanence de réfléchir à deux fois avant d’agir, de répondre, d’user de beaucoup de précautions pour éviter les ennuis ou les problèmes qui peuvent survenir aussi rapidement qu’une averse en plein été !
Par ce profil peut naître au sein de la cellule familiale pour l’enfant un sentiment d’insécurité omniprésent développant avant l’heure chez ce dernier une hyper vigilance de chaque instant qui le conduira lui-même plus tard à « scruter » son environnement à la recherche d’une tension, d’un conflit ou d’une explosion émotionnelle. Dans les cas les plus répercutant, une fois à l’âge adulte, l’enfant ayant vécu dans un milieu de parents coquilles d’œuf pourra systématiquement placer ses besoins après ceux des autres en cherchant constamment à les combler quitte à devoir s’oublier lui-même et endosser la responsabilité des problèmes des autres. Ce terrain, peu fertile pour un développement harmonieux de la personnalité, construit peu à peu un adulte en devenir présentant des comportements émotionnels instables pouvant se traduire, par exemple, par des difficultés d’attachement aux autres, la volonté de faire corps dans un groupe scolaire puis professionnel par exemple.
Agir pour « tuer dans l’œuf » tous les risques d’une vie sociale compromise

Isabelle Filliozat psychothérapeute s’est intéressée aux parents coquille d’œuf et délivre des conseils pour éviter que ces comportements nuisent à une vie sociale épanouie à venir pour les enfants. A ce sujet, elle précise que la compétence essentielle à avoir en tant que parent c’est la régulation émotionnelle ; la capacité à savoir resté tempéré en toutes circonstances au lieu de se mettre à « hurler et disjoncter » car il y va de la sécurité l’enfant qui de spectateur se fait acteur bien malgré lui du contexte.
De son côté le psychiatre certifiée pour enfants, adolescents et adultes Zishan Khan précise que pour sortir de la sphère de parent coquille d’œuf « qu’assumer la responsabilité de ses actes en tant que parent est la première étape pour briser ce cycle. Il appartient donc à l’auteur des faits de s’excuser pour une colère soudaine, de changer progressivement sa façon de réagir afin de garantir une meilleure relation avec l’enfant. L’important est de prendre conscience que parfois le parent coquille d’œuf a été lui-même autrefois l’enfant d’un couple de parents coquille d’œuf. Le simple fait de prendre conscience des inconvénients que cette situation a pu engendrer doit automatiquement entrainer le refus d’instaurer le même contexte au sein de la cellule familiale qu’il a créé.
Une expression chasse l’autre ? Vous ne croyez pas si bien dire…

Si le terme « parent coquille d’œuf » (qui a donné naissance à un nouveau dossier dans notre blog du magazine Actualités Parents, Familles, Bébé) vous serez très certainement tout aussi intrigué(e) par le comportement des « parents chasse-neige »… Pour découvrir ce que cache cette nouvelle expression, consultez notre dossier LES PARENTS CHASSE NEIGE – Quand la chaleur du lien est au-dessus de tout