POURQUOI VOTRE ENFANT DIT POURQUOI ? Savoir répondre et parfois expliquer

A partir de 14 mois et jusqu’à ses 5 ans, votre enfant pose en moyenne une centaine de questions par heure ! Ce résultat d’une étude témoigne de la curiosité de votre enfant et de sa soif de comprendre une situation qu’il découvre ou qu’il ne comprend pas.
Ce mécanisme qui est aussi un dialogue avec ses parents doit être perçu en tout premier lieu comme un développement naturel des facultés cognitives de votre enfant.
Poser une question c’est attendre une réponse et dans ce cadre les parents doivent être en mesure de savoir et de pouvoir répondre efficacement. Ici se pose parfois le défi pour la maman ou le papa d’apporter une réponse qui saura satisfaire son enfant mais aussi qui lui permettra de se construire lui-même. En effet, il n’existe pas dans l’esprit de l’enfant un type de question mais plusieurs sans pour autant, dans les premières années de sa vie, qu’il puisse distinguer leurs degrés d’importance entre-elles.

Retrouvez dans ce dossier

  • Surtout ne pas se faire une raison lorsqu’on ne peut pas répondre à un « pourquoi »
  • Les raisons pour lesquelles votre enfant pose des questions
  • Face aux questions des enfants : ne pas répondre à tort ou à raison

Les raisons pour lesquelles votre enfant pose des questions

Généralement à ses 3 ans (même si cela peut apparaître dès la deuxième année de sa vie), l’enfant va débuter son apprentissage de la langue. Il ne communique plus désormais avec vous par des cris (voir notre dossier à ce sujet) mais s’exprime par des mots dont le lexique va s’enrichir semaines après semaines en côtoyant la cellule familiale mais aussi par mimétisme des autres lorsqu’il est présent à la crèche puis à la maternelle. Cette découverte du monde lui permet de tisser des liens langagiers qui stimuleront ainsi ses facultés intellectuelles et donc sa curiosité personnelle. Une curiosité qu’il cherchera à assouvir par une série de questionnements : le terme « pourquoi » intègre alors son quotidien.
Cette soif de « comprendre pourquoi », cette affluence de questions diverses et variées impose que les parents puissent y répondre dans le but de la construction de l’enfant. Certaines questions seront simples dans leur réponse (pourquoi il faut mettre un manteau pour sortir ? Pourquoi il pleut ?). Au fil de sa croissance, les interrogations se feront plus précises et parfois plus délicates dans la réponse à apporter (pourquoi on meurt ? pourquoi je vais avoir un petit frère ? pourquoi papa ou maman est partie ?).
Dans cette abondance de questions qui peuvent parfois agacer les parents mais aussi les mettre mal à l’aise dans la réponse à apporter il faut avant tout comprendre que votre enfant est en pleine croissance et que sa curiosité ne pourra être comblée que par l’amorce d’une interaction avec vous par le mot «pourquoi ?».

Répondre aux questions des enfants : ne pas agir à tort ou à raison

En tout premier lieu, et afin de canaliser cette soif de connaissance, il est conseiller d’instaurer un échange avec votre enfant en lui faisant comprendre qu’en lieu et place de demander « pourquoi » il est plus intéressant de débuter par « comment ». Ce simple changement de terme permet de construire, dans l’intellect de l’enfant, une démarche de logique qui lui sera indispensable tout au long de sa vie.

Dans les premières années de son apprentissage de la parole, l’attention de l’enfant à la réponse que vous lui apporterez est assez limitée : il ne dépasse guère quelques minutes. Ce temps est justifié par le fait que son mécanisme intellectuel n’est pas encore suffisamment aboutit pour assimiler dans une parfaite logique de réflexion les éléments de réponse que vous lui apporterez.

Il en est tout autrement lorsque votre enfant arrive à ses 5/6 ans : à cet âge, le temps de son attention peut être multiplié par 5 (environ 10 minutes). En d’autres termes, un parent n’apporte pas le même soin dans le contenu de sa réponse en fonction de l’âge de l’enfant qui vous interroge.
En principe, pour savoir si la réponse convient à votre enfant, vous verrez ce dernier se diriger vers une autre occupation (il retourne jouer ou vous démontre qu’il est satisfait de la réponse par un signe de tête). Dans le cas contraire, si votre enfant « surenchérit » par une autre question, cette attitude doit vous faire comprendre qu’il estime votre réponse incomplète ou qu’il ne comprend pas le sens de votre réponse. Ce cas peut se présenter sur des questions délicates (voir plus loin dans ce dossier).
Comment faire alors ? Dans un premier temps (c’est-à-dire dans les premières années de sa vie) vous pouvez répondre par la métaphore (comparer le fond de la question par une image, un symbole…) afin de satisfaire la soif de connaissance manifestée par votre enfant. Au-delà de 5 ans, cette technique pourra ne plus satisfaire votre enfant qui attendra plus de vous. Vous devrez alors construire avec attention votre réponse car son contenu va aussi participer à ce qui fera sa personnalité plus tard. A ce stade de sa vie, les parents doivent faire preuve d’un véritable exercice de « jonglage verbal » notamment lorsque l’enfant aborde des questions de société (liées aux origines ethniques, à la guerre, à la faim dans le monde, à la discrimination, au harcèlement…).

Surtout ne pas se faire une raison lorsqu’on ne peut pas répondre à un «pourquoi»

Il est fortement déconseillé voire dangereux de laisser sans réponse un enfant qui vous pose une question ! En effet, en tant que parents vous participez à son éveil, vous êtes un véritable moteur pour sa découverte du monde, vous encouragez sa curiosité et sa volonté de comprendre tout ce qui l’entoure, vous le préparez aussi à son adolescence afin d’affronter les situations qui se présenteront à lui plus tard.

Répondre à une question d’un enfant par « je ne sais pas », « on verra plus tard » ou bien encore « tu es trop petit pour comprendre cela » est en quelque sorte une censure que vous générez dans la relation avec votre progéniture. Par cette fin prématurée que vous occasionnez dans l’échange souhaité par votre enfant, vous contrariez son éveil, perturbez sa curiosité et surtout (en fonction de son âge) vous pourriez bien vous exposer à une salve de questions complémentaires témoignant de la volonté de votre fils ou de votre fille à avoir, coûte que coûte, une réponse ou du moins un début de réponse. Cette situation risque encore plus d’augmenter votre lassitude (face au nombre de réponses et votre incapacité à pouvoir y répondre immédiatement) et de creuser une distance avec l’interactivité pourtant bénéfique et indispensable à votre enfant.

Il convient en tant que parent d’être en mesure d’effectuer un « dosage » de la réponse. En effet, toutes les questions ne sont pas indiques dans le sens et dans la réponse à apporter. De plus, en fonction des éléments que vous apporterez, le temps de réponse sera plus ou moins long. Vous devrez donc pouvoir maîtriser en amont ces paramètres avant de prendre la parole.
Si vous êtes dans une occupation exigeant toute votre attention lorsque la question intervient (vous préparez le repas, vous changez bébé, vous conduisez) ou que le cadre ne se prête pas à une réponse (vous êtes dans un lieu public et la question revêt un caractère personnel) ou bien encore si la question porte sur une question de morale (racisme vu à l’école, questionnements sur la mort) exigeant un réel temps en face à face, l’important est de faire comprendre à l’enfant que vous avez entendu sa question (cela le rassurera et fera comprendre que vous n’imposez pas un terme brutal à l’interaction ou que vous tentez d’évincer le questionnement).

Afin que vous puissiez terminer ce que vous étiez en train de faire lorsque le « pourquoi » est apparu et en préparation de « face à face » (en appliquant le conseil que nous vous avons indiqué précédemment dans ce dossier) proposez à votre enfant interrogatif un ouvrage, une image ou tout autre support en lien avec sa question en l’invitant à comprendre le « comment » de sa question. Cette technique participe à son éveil et l’initie à l’apprentissage de la recherche d’une solution en autonomie. Elle permet aussi lorsque l’échange s’engagera de recueillir ses impressions et vous fournira ainsi de précieux éléments qui construiront vos propres réponses.

Il est normal et logique de répondre aux questions de vos enfants. Au-delà d’une interactivité, cet état d’esprit vous confirme dans votre statut de parent, relais de valeurs et de principes le préparant à sa vie future.
De plus échanger, c’est verbaliser une situation et cette pratique doit être encouragée car elle évite les non-dits, permet aussi à l’enfant de se libérer voire de vous alerter sur des points précis.
Si votre enfant introduit par une question un sujet délicat : pas de panique, pas de sourde oreille non plus ! Face à cette situation, vous devez utiliser des mots simples et neutres afin de pouvoir rabaisser la charge émotionnelle qui accompagne souvent votre enfant dans ce cas de figure (voir notre focus ci-dessous).

Focus : en attendant son «âge de raison», comment réagir face à une question embarrassante de la part de votre enfant ?

A un moment ou un autre, parce que toute vie se termine, votre enfant pourra être confronté au deuil. Comment agir précisément dans ce cas pour répondre à ses questions ? L’origine de la question portant sur la disparition d’une personne (membre de la famille, de la sphère amicale mais aussi d’un animal de compagnie) est en fait la conséquence de l’apprentissage que l’enfant se fait aussi par ses questions. En comprenant les mécanismes de la vie (enfance, adolescence, période adulte puis senior) l’enfant va comprendre en tout premier lieu que la mort succède à la vie. Dans ce contexte très complexe à expliquer, nous recommandons d’adapter son discours en fonction de l’âge de l’enfant (voir plus bas) et de bannir des « explications toutes faites » (grand voyage (qui pourrait faire croire dans la logique de l’enfant que le défunt va revenir un jour ou l’autre), sommeil éternel (laissant supposer à l’enfant que la personne disparue va se réveiller après son repos)). En lieu et place, adaptez votre discours (sans brutalité) à l’âge de votre enfant.
Ainsi, courant ses deux premières années, expliquez la disparition en raison de l’âge (elle était très vieille). L’année suivante, vous complétez ce constat en introduisant le fait que la mort succède à la vie (elle était très vieille, sa vie est finie à présent).
A partir de 4 ans, vous pouvez introduire dans votre réponse la conséquence de la disparition (elle était vieille et fatiguée, au bout d’un long moment, la vie s’arrête).
Dès 5 ans, vous pouvez développer la réponse faite précédemment en l’habillant de précisions justificatives (elle était vieille, cela faisait déjà beaucoup d’années qu’elle était très fatiguée et un peu malade aussi. Son corps n’était plus celui de ses jeunes années. Elle a cessé de respirer et elle est morte).